Aller au contenu principal

Soit 34,00 après déduction fiscale de 66%

Je fais un don mensuel Je fais un don IFI
Recherche, Science & Santé

Perturbations du métabolisme du cholestérol cérébral dans l’état de mal épileptique : un nouveau mécanisme de toxicité

Publié le : 20/05/2021 Temps de lecture : 1 min
métabolisme
Retour à la recherche

Une étude conduite par le Dr. Aurélie Hanin dans l’équipe du Pr. Vincent Navarro (Sorbonne Université.AP-HP) à l’Institut du Cerveau décrit une perturbation du métabolisme du cholestérol cérébral au cours de l’état de mal épileptique. Les résultats sont publiés dans Neurobiology of Disease.

L’état de mal épileptique est l’une des principales urgences neurologiques, définie comme la persistance d’une crise d’épilepsie et concerne chaque année, en France, environ 20 000 enfants et adultes. En dépit d’une prise en charge thérapeutique adaptée, 25% des états de mal épileptiques sont réfractaires aux traitements antiépileptiques. Les états de mal épileptiques réfractaires présentent une sévérité accrue et nécessitent une prise en charge en réanimation. La persistance des crises expose les patients à des lésions cérébrales irréversibles, à l’origine de séquelles neurocognitives.

L’état de mal épileptique peut s’accompagner de nombreux changements cellulaires et moléculaires, comme une mort neuronale, de l’inflammation et une ouverture partielle de la barrière hémato-encéphalique. Cependant, d’autres mécanismes physiologiques pourraient être altérés lors d’un état de mal épileptique et expliquer une partie de sa toxicité sur le cerveau.

Quelques années auparavant, une étude conduite à l’Institut du Cerveau avait mis en évidence que l’accumulation de cholestérol dans les neurones hippocampiques de souris provoquait une mort neuronale et des anomalies épileptiques, similaires à celles observées à la suite d’un état de mal épileptique, chez la souris et chez l’homme.

L’équipe du Pr Vincent Navarro a poursuivi cette exploration du métabolisme du cholestérol et de sa perturbation dans l’état de mal épileptique.

« Le cholestérol intracérébral est synthétisé par les astrocytes puis transporté jusqu’aux neurones. L’excès de cholestérol, non utile aux neurones, est dégradé par l’enzyme CYP46A1 en 24-hydroxycholestérol. Ce dernier permet de maintenir le cholestérol à un niveau stable dans le cerveau, en favorisant son élimination et en régulant sa synthèse. Si l’enzyme CYP46A1 ne fonctionne pas, il n’y a plus de synthèse du 24-hydroxycholestérol et en conséquence la synthèse de cholestérol n’est plus régulée : le cholestérol est synthétisé en excès et peut dès lors s’accumuler dans les neurones et participer à l’excitotoxicité. »

Aurélie Hanin Doctorante et première autrice de l'étude

L’équipe a conduit une recherche translationnelle au sein de l’Institut du Cerveau et de l’Unité d’Épilepsie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, avec des collaborations essentielles avec les réanimations et les départements de biochimie. Ils ont inclus 63 patients en état de mal épileptique et 87 patients témoins, pour lesquels ils ont collecté des prélèvements sanguins et de liquide céphalo-rachidien. Parallèlement, ils ont travaillé sur un modèle murin d’état de mal épileptique et prélevé les hippocampes des animaux en état de mal et des animaux contrôles. Grâce au service de neuropathologie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, les chercheurs ont eu accès aux cerveaux de patients décédés d’un état de mal épileptique et à des tissus contrôles.

Ils ont dosé sur les échantillons humains et murins de nombreux marqueurs lipidiques par méthode enzymatique, et des précurseurs de synthèse et dérivés du cholestérol par spectrométrie de masse couplée à la chromatographie liquide. De plus, ils ont pu rechercher la présence de l’enzyme CYP46A1 par western blot et immunohistochimie.

Les chercheurs ont mis en évidence chez la souris une diminution du 24-hydroxycholestérol dans les 24h suivant le début de l’état de mal épileptique et une augmentation de la synthèse du cholestérol après 3 jours. La diminution des concentrations de 24-hydroxycholestérol a été retrouvée pour la première fois chez l’homme au niveau plasmatique ainsi que dans les tissus humains post-mortem. Aucune différence d’expression de la CYP46A1 n’a pu être mise en évidence, permettant de poser l’hypothèse que dans l’état de mal épileptique, l’enzyme CYP46A1 serait toujours présente mais non fonctionnelle. Les chercheurs ont également pu mettre en évidence chez l’homme une augmentation de la synthèse de cholestérol au niveau cérébral et au niveau périphérique. Cette augmentation de synthèse est à mettre en relation avec des changements du bilan lipidique périphérique : une moindre estérification du cholestérol libre limitant l’élimination du cholestérol au niveau du foie et une augmentation des concentrations de l’apolipoprotéine E favorisant un stockage en excès du cholestérol dans les tissus périphériques, voire au niveau cérébral.

« Parallèlement à la synthèse accrue de cholestérol intracérébral lors de l’état de mal, nous pensons que le cholestérol synthétisé en périphérie et non estérifié a la capacité d’être transporté au niveau cérébral et de venir encore engranger la concentration de cholestérol dans les neuronesCela serait notamment possible car la barrière hémato-encéphalique qui en temps normal empêche le cholestérol circulant de rentrer dans le cerveau, peut s’ouvrir partiellement lors de l’état de mal épileptique. » conclut la chercheuse.

Aurélie Hanin

Les chercheurs souhaitent à présent comprendre pourquoi l’enzyme CYP46A1 devient non fonctionnelle dans l’état de mal épileptique et quel est l’impact de l’accumulation de cholestérol neuronal sur l’excitabilité des neurones, c’est-à-dire leur capacité à transmettre les décharges électriques. 

Sources

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33774180/
Hanin A, Baudin P, Demeret S, Roussel D, Lecas S, Teyssou E, Damiano M, Luis D, Lambrecq V, Frazzini V, Decavèle M, Plu I, Bonnefont-Rousselot D, Bittar R*, Lamari F*, Navarro V; Study Group.Neurobiol Dis. 2021 Mar 24

D'autres actualités qui pourraient vous intéresser

Rêver éveillé : les états oniriques ne sont pas réservés au sommeil
Rêver éveillé : les états oniriques ne sont pas réservés au sommeil
Nous tenons pour acquis que les pensées associées au sommeil possèdent un relief particulier : nous les décrivons souvent comme impalpables, abstraites, voire empreintes d’une certaine bizarrerie. Pourtant, une étude menée par des chercheurs de la...
29.04.2026 Recherche, Science & Santé
Représentation artistique des neurones. Crédit : Odra Noël.
Comment l’architecture du cortex préfrontal façonne notre créativité
Les mécanismes cognitifs et neuronaux qui sous-tendent la pensée créative sont encore mal compris. Une nouvelle étude de l’équipe FrontLab, à l’Institut du Cerveau, explore cette question de manière originale en examinant la créativité là où elle...
22.04.2026 Recherche, Science & Santé
Des mini-cerveaux en laboratoire pour comprendre l'épilepsie de l'enfant
Des mini-cerveaux en laboratoire pour comprendre l'épilepsie de l'enfant
Pourquoi une même mutation génétique provoque-t-elle une malformation cérébrale sévère chez certains patients, et pas chez d’autres ? Des chercheurs de l’équipe MOSAIC, à l'Institut du Cerveau, ont généré des organoïdes corticaux humains porteurs de...
16.04.2026 Recherche, Science & Santé
Comment les vaisseaux sanguins cérébraux se construisent après la naissance
Comment les vaisseaux sanguins cérébraux se construisent après la naissance
Des chercheurs de l'Institut du Cerveau et du CHU Sainte-Justine de Montréal révèlent pour la première fois les étapes clés de la construction vasculaire du cerveau, de la naissance à l'âge adulte. Grâce à un atlas numérique 3D baptisé Lambada, ils...
15.04.2026 Recherche, Science & Santé
TDAH : les troubles de l’attention sont associées à l’intrusion d’ondes du sommeil pendant l’éveil
TDAH : les troubles de l’attention sont associés à l’intrusion d’ondes du sommeil pendant l’éveil
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) reste mal compris sur le plan biologique. Une étude internationale menée par des scientifiques de l’Institut du Cerveau et de l’Université Monash, en Australie, suggère que...
17.03.2026 Recherche, Science & Santé
L’IRM structurelle ne permet pas, à elle seule, de diagnostiquer la dépression
L’IRM structurelle ne permet pas, à elle seule, de diagnostiquer la dépression
L’imagerie cérébrale peut-elle révéler si une personne est touchée par la dépression ? Cette question anime la recherche depuis de nombreuses années. Des modifications de la structure cérébrale ont bien été observées chez les patients dépressifs, ce...
12.03.2026 Recherche, Science & Santé
Voir toutes nos actualités