Découvrez le projet CaCovi, qui a montré que l’activité cérébrale est régulée par des neurones inhibiteurs appelés « cellules en panier », dotés de récepteurs sensibles aux cannabinoïdes endogènes, ouvrant des perspectives thérapeutiques pour des pathologies comme l’épilepsie, la schizophrénie ou encore l’anxiété.
L’épilepsie et la schizophrénie : ce que révèlent les neurones et l’équilibre du cerveau
L’épilepsie et la schizophrénie sont deux pathologies très différentes dans leurs manifestations, mais elles partagent un point commun fondamental : elles impliquent des perturbations du fonctionnement des neurones et de l’équilibre de l’activité cérébrale. Les recherches menées en neurosciences, notamment à l’Institut du Cerveau, permettent aujourd’hui de mieux comprendre les mécanismes cellulaires qui régulent notre perception du monde, nos réactions et nos comportements. Ces avancées ouvrent des perspectives thérapeutiques prometteuses pour plusieurs maladies neurologiques et psychiatriques.
Le cerveau : un réseau de neurones en communication permanente
Chaque instant de notre vie est guidé par la capacité de notre cerveau à traiter des informations. Voir une image, entendre un son, sentir une odeur : ces perceptions sont immédiatement analysées pour nous permettre de comprendre notre environnement et d’adapter nos réactions. Ce processus repose sur l’activité des neurones, cellules spécialisées du système nerveux.
Le système nerveux central humain compte environ 100 milliards de neurones. Chacun de ces neurones possède une architecture précise qui lui permet de recevoir, traiter et transmettre des signaux électriques. Les dendrites captent les messages provenant d’autres neurones. Le corps cellulaire analyse ces informations, puis l’axone transmet le signal sous forme électrique jusqu’à ses terminaisons.
À l’extrémité de ce circuit se trouve la synapse, véritable zone de communication entre deux neurones. C’est ici que le message change de nature : le signal électrique devient chimique grâce à la libération de neurotransmetteurs, de petites molécules messagères qui se fixent sur des récepteurs du neurone suivant. Ce système de transmission est la base même de la pensée, du mouvement, de l’émotion et de la mémoire.
Excitation et inhibition : un équilibre vital pour le cerveau
Tous les neurones ne transmettent pas les signaux de la même manière. La majorité libère des neurotransmetteurs dits excitateurs, qui favorisent l’activation des neurones voisins. Mais environ 20 % des neurones produisent une substance particulière : le GABA (acide gamma-aminobutyrique). Ce neurotransmetteur joue un rôle opposé, car il bloque ou freine l’activité neuronale.
Cet équilibre entre excitation et inhibition est essentiel. Trop d’excitation peut entraîner une activité cérébrale excessive, tandis qu’un excès d’inhibition peut ralentir ou perturber les circuits neuronaux. Le cerveau fonctionne donc comme un système finement régulé où chaque signal doit être ajusté en permanence.
Lorsque cet équilibre se dérègle, certaines pathologies peuvent apparaître. C’est notamment le cas de l’épilepsie, caractérisée par des décharges électriques excessives et synchronisées dans le cerveau, ou de la schizophrénie, trouble psychiatrique complexe impliquant des altérations des circuits neuronaux et de la transmission de l’information.
Le rôle des neurones inhibiteurs dans le traitement de l’information
Des recherches récentes ont permis d’identifier des types particuliers de neurones inhibiteurs jouant un rôle central dans l’intégration des informations sensorielles. Le projet de recherche CACOVI a notamment mis en lumière l’existence de neurones spécifiques appelés cellules empaniées.
Ces neurones possèdent des récepteurs sensibles aux cannabinoïdes endogènes, des molécules naturellement produites par le cerveau. Ces substances participent à la régulation fine de l’activité neuronale. Chez la souris, ces cellules interviennent dans la capacité à reconnaître une image visuelle importante — par exemple celle d’un prédateur — et à déclencher immédiatement un comportement de survie.
Cette découverte souligne combien l’inhibition neuronale ne consiste pas simplement à “éteindre” un signal. Elle permet au contraire de filtrer, ajuster et prioriser les informations afin de produire une réponse adaptée à la situation.
Cannabinoïdes et modulation du GABA : une clé pour comprendre certaines maladies
Les travaux issus du projet CACOVI ont également montré que les récepteurs aux cannabinoïdes influencent directement la libération de GABA. Autrement dit, ils modulent le niveau d’inhibition dans le cerveau. Cette régulation différenciée permet d’ajuster la communication neuronale avec une grande précision.
Cette capacité de neuromodulation révèle toute la complexité du fonctionnement cérébral. Elle met en évidence des mécanismes subtils qui permettent au cerveau de s’adapter aux stimuli sensoriels, émotionnels et cognitifs.
Lorsque ces mécanismes de modulation ne fonctionnent plus correctement, l’équilibre excitation-inhibition peut être rompu. Ce déséquilibre est aujourd’hui considéré comme une piste majeure pour comprendre des pathologies comme l’épilepsie, où l’activité neuronale devient excessive, mais aussi la schizophrénie, où la transmission de l’information et l’intégration sensorielle peuvent être altérées.
Vers de nouvelles perspectives thérapeutiques
Les découvertes autour des neurones inhibiteurs et des récepteurs aux cannabinoïdes ouvrent des perspectives encourageantes. En comprenant mieux la manière dont le cerveau ajuste naturellement ses signaux, les chercheurs peuvent envisager des stratégies thérapeutiques plus ciblées.
Ces avancées ne concernent pas uniquement l’épilepsie et la schizophrénie. Elles pourraient également bénéficier à d’autres troubles neurologiques ou psychiatriques, comme l’anxiété. L’enjeu est de parvenir à restaurer l’équilibre neuronal sans perturber le fonctionnement global du cerveau.
À l’Institut du Cerveau, ces recherches illustrent l’importance de la neuroscience fondamentale : en étudiant les mécanismes les plus fins de la communication neuronale, il devient possible d’imaginer de nouveaux traitements capables d’agir avec précision sur des circuits spécifiques.
Comprendre comment un neurone reçoit, traite et transmet un signal, comment un neurotransmetteur bloque ou stimule l’activité, ou encore comment des molécules endogènes influencent ces échanges, revient finalement à décrypter le langage intime du cerveau. Et c’est en maîtrisant ce langage que la médecine pourra mieux prévenir et traiter des pathologies complexes comme l’épilepsie et la schizophrénie.
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