Aller au contenu principal

Soit 34,00 après déduction fiscale de 66%

Je fais un don mensuel Je fais un don IFI
Recherche, Science & Santé

Ces illusions qui nous permettent de vivre

Publié le : 20/11/2015 Temps de lecture : 1 min
Un regard
Retour à la recherche

L’équipe de Paolo Bartolomeo à l’Institut du Cerveau, montre pour la première fois qu’une lésion cérébrale peut « améliorer » la perception visuelle de certains patients, qui ne sont alors plus soumis à une illusion d’optique. Ces résultats illustrent le fait, primordial mais méconnu, que la vision normale n’est pas une copie du monde extérieur mais une interprétation que le cerveau fait de ce monde qui a pour fonction de nous permettre d’anticiper ce qui arrive et de nous adapter. L’étude est publiée dans la revue Journal of Neurophysiology.

A la suite d’un accident vasculaire cérébral provoquant une lésion dans l’hémisphère droit du cerveau, certains patients ne prêtent plus attention à ce qui se passe dans la partie gauche de l’espace, ils souffrent de « négligence visuelle » (ou négligence spatiale unilatérale) : ils ne mangent pas ce qui se trouve dans la moitié gauche de l’assiette, se cognent dans les meubles situés à gauche, ne se rasent ou ne se maquillent pas la partie gauche du visage.

L’équipe de Paolo Bartolomeo, Directeur de recherche Inserm et Co-Chef d’équipe à l'Institut du Cerveau, en collaboration avec l’équipe de Patrick Cavanagh au Laboratoire de Psychologie de la Perception (Université Paris Descartes), montre que cette lésion cérébrale peut « améliorer » la perception chez ces personnes. En effet, à cause de leur déficit d'attention, ces patients ne sont pas sujets à une illusion visuelle, normalement très forte, quand celle-ci a lieu dans leur espace négligé. En d’autres termes, ils voient d’une façon plus « véridique », plus « exacte » que les personnes n’ayant pas de lésion cérébrale.

Le test réalisé consiste à définir l’emplacement des lignes vertes et rouges qui apparaissent sur un arrière-plan mobile. Regardez-les. Sont-elles superposées et horizontales ? La ligne verte est-elle orientée vers le haut et la ligne rouge vers le bas ? Vous voyez probablement la ligne verte orientée vers le haut et la ligne rouge vers le bas alors que les patients souffrants de « négligence visuelle » voient les deux lignes horizontales et superposées.

Explication de l'illusion

Nous percevons les lignes décalées à cause du mouvement de l’arrière-plan. En effet, notre cerveau intègre à la fois le mouvement et la position des lignes, comme si il essayait de prévoir où les lignes se trouveraient si elles suivaient le mouvement.

Les patients, à qui on a demandé de prêter attention à leur côté gauche, ne sont pas capables d’intégrer le mouvement de l’arrière-plan et la position des lignes. Ils ne sont donc pas soumis à l’illusion d’optique et voient les lignes exactement là où elles sont.
Notre cerveau ne prend donc pas une photo de la réalité mais l’interprète. Quel est l’intérêt d’une telle interprétation ? Elle nous permet d’anticiper l’issue d’un mouvement. Quand nous jouons au tennis, au squash ou au ping-pong, nous avons besoin de prédire la trajectoire de la balle pour nous adapter et pouvoir la réceptionner. C’est ce que fait notre cerveau en intégrant le mouvement de la balle et en anticipant la position qu’elle aura quand nous la frapperons.

L’équipe de Paolo Bartolomeo a ainsi montré que l’attention est fondamentale pour avoir cette illusion d’optique, et que quand elle ne fonctionne pas, il n’y a plus d’illusion. L’attention est donc également fondamentale pour prédire la position d’une cible en mouvement et avoir le temps de réagir. Le cerveau n’aime pas être surpris et il y a donc une intégration à la fois temporelle et spatiale qui nous permet d’interpréter ce qui va arriver. Les lésions cérébrales des patients peuvent endommager ces processus d’interprétation, et donc provoquer une vision plus “fidèle” de la réalité extérieure mais moins utile dans la vie quotidienne.

Nos perceptions nous conduisent à une interprétation du monde qui n’est pas le monde réel mais qui nous permettent de nous adapter. Ces résultats soulignent le fait, important mais méconnu, que la vision normale n’est pas une copie du monde externe, mais plutôt une interprétation que le cerveau fait de ce monde. Cette interprétation a pour objectif de générer un comportement adapté et de nous permettre d’anticiper.

Lésion du cerveau
Reconstruction des lésions du cerveau (en rouge) pour deux des patients souffrant de négligence visuelle. La zone en bleue correspond à la zone responsable de la perception du mouvement et ne présente aucune lésion chez les patients étudiés.

D'autres actualités qui pourraient vous intéresser

Traitements anti-Alzheimer
Traitements anti-Alzheimer : un effet bénéfique à long terme sur les symptômes
À l’heure actuelle, on ne dispose d’aucun traitement curatif de la maladie d’Alzheimer. Les traitements disponibles en France (et non remboursés) sont dits symptomatiques, c’est-à-dire qu’ils agissent sur les conséquences de la maladie, et non sur sa...
18.02.2026 Recherche, Science & Santé
État de mal épileptique
État de mal épileptique : de nouvelles connaissances acquises grâce aux données de santé nationales
Forme la plus grave de l’épilepsie, l’état de mal épileptique constitue une urgence neurologique à très haut risque. Pourtant, son épidémiologie reste mal connue, notamment en France. En exploitant les données de l’Assurance Maladie, réunies dans le...
16.02.2026 Recherche, Science & Santé
Sclérose en plaques : identification d’une nouvelle molécule favorisant la remyélinisation
Sclérose en plaques : identification d’une nouvelle molécule favorisant la remyélinisation
Une molécule dont les effets étaient, jusqu’ici, étudiés dans le cadre des troubles du sommeil et du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, révèle pour la première fois son potentiel dans des modèles expérimentaux de sclérose en plaques...
22.01.2026 Recherche, Science & Santé
VignetteActu WBHF 2026
World Brain Health Forum 2026
Plus d’une personne sur trois sera confrontée, au cours de sa vie, à une maladie du cerveau. Cette réalité, identifiée par l’Organisation mondiale de la santé comme une priorité majeure de santé publique, invite à une mobilisation internationale sans...
12.01.2026 Événements
Une nouvelle approche pour évaluer les patients en état de conscience altérée
Une nouvelle approche pour évaluer les patients en état de conscience altérée
Dans les unités de soins intensifs, certains patients apparemment inconscients se trouvent dans une zone grise dans leur rapport au monde. Pour mieux les diagnostiquer et prédire leurs capacités de récupération, Dragana Manasova, Jacobo Sitt et leurs...
08.01.2026 Recherche, Science & Santé
Ne plus penser à rien : vers une signature cérébrale du blanc mental
Ne plus penser à rien : vers une signature cérébrale du blanc mental
Et si le flux de nos pensées s’interrompait parfois ? Esteban Munoz-Musat, Lionel Naccache, Thomas Andrillon et leurs collègues à l’Institut du Cerveau et à l’Université Monash, à Melbourne, montrent que la sensation de ne penser à rien est bel et...
26.12.2025 Recherche, Science & Santé
Voir toutes nos actualités