Violetta Zujovic est cheffe d’équipe et responsable scientifique de plateforme. Ses recherches portent sur le rôle du système immunitaire dans la réparation de la myéline, un enjeu majeur pour des maladies neurologiques comme la sclérose en plaques et certaines leucodystrophies.
Engagée de longue date pour l’équité et l’inclusion dans la recherche, elle contribue à faire évoluer les neurosciences, tant sur le plan scientifique qu'institutionnel.
Quel est votre parcours ?
J’ai réalisé ma thèse au sein de l'entreprise Sanofi-Synthélabo, où j’ai travaillé sur les cibles génomiques inflammatoires dans les maladies neurologiques. Mon premier post-doctorat, effectué en Floride, portait sur la pharmacologie des récepteurs aux chimiokines. De retour en France, j’ai poursuivi mes recherches sur la réparation de la myéline.
Depuis 2011, j’occupe un poste de chercheuse à l’INSERM. En 2019, j’ai pris la direction d’une équipe à l’Institut du Cerveau. Depuis 2021, je suis directrice scientifique de la plateforme d’informatique biomédicale Data Analysis Core.
Parallèlement, je suis activement engagée pour l’équité dans la recherche. À l'Institut du Cerveau, je dirige depuis 2015 le comité équité chargé d'établir des recommandations sur le sujet. Parallèlement, je préside le réseau ALBA qui rassemble des neuroscientifiques du monde entier avec pour objectif de développer des communautés scientifiques équitables et inclusives.
Quels sont les sujets sur lesquels portent vos recherches ?
En tant qu’experte en neuroimmunologie, je me consacre à comprendre comment les cellules immunitaires interviennent dans la réparation et la régénération de la myéline, cette enveloppe protectrice des neurones, essentielle à leur bon fonctionnement.
Depuis 2011, je dirige mon propre programme de recherche à l’INSERM, où j’ai obtenu un poste permanent. Mon équipe et moi-même étudions comment les cellules du système immunitaire - qu’elles appartiennent à l’immunité innée ou adaptative - influencent les maladies comme la sclérose en plaques ou les leucodystrophies.
Pour avancer, nous combinons des outils innovants : des techniques de biologie moléculaire de pointe, des modèles animaux humanisés (reproduisant au mieux les mécanismes humains), et des analyses statistiques avancées. Mais ce qui nous guide avant tout, ce sont les patientes et patients eux-mêmes. Leur capacité variable à se réparer, parfois malgré tout, nous inspire : nous cherchons ainsi à décrypter pourquoi certains processus de réparation du système nerveux fonctionnent chez certaines et certains et pas chez d’autres. L’enjeu ? Transformer ces observations en pistes concrètes pour des traitements plus efficaces et personnalisés.
Comment combattre les biais dans la recherche et défendre l'inclusion et la visibilité des femmes et des filles dans les domaines scientifiques ?
Les maladies neuro-inflammatoires comme la sclérose en plaques (SEP) affectent trois fois plus de femmes que d’hommes, un déséquilibre qui soulève des questions à la fois biologiques et sociétales.
En tant que scientifiques, nous nous engageons à intégrer systématiquement le sexe comme variable biologique dans nos recherches, pour mieux comprendre les différences et les similitudes entre les sexes - une démarche essentielle pour développer des traitements plus adaptés.
D'autre part, les inégalités persistent dans le développement des carrières scientifiques, où les discriminations et les biais inconscients freinent encore trop souvent l’avancement des femmes et des minorités quelles qu'elles soient.
Pour agir sur ces deux fronts, nous avons lancé à l’Institut du Cerveau une charte pour l’équité, convaincus que les neurosciences peuvent éclairer les mécanismes des biais et nous aider à les combattre.
J’ai également rejoint le réseau ALBA, qui rassemble plus de 2 000 membres dans 92 pays avec des ambassadeurs et ambassadrices à travers le monde. L’objectif ? Faire des neurosciences un domaine où toutes les diversités - qu’elles soient liées au genre, à l’origine ou au parcours - sont non seulement représentées, mais aussi étudiées et valorisées dans la recherche elle-même.
Aujourd’hui, plus que jamais, les femmes en science ne doivent pas seulement avoir une place : elles doivent la redéfinir.
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