Aller au contenu principal

Soit 34,00 après déduction fiscale de 66%

Je fais un don mensuel Je fais un don IFI
Recherche, Science & Santé

Traitements anti-Alzheimer : un effet bénéfique à long terme sur les symptômes

Dernière mise à jour : 18/02/2026 Temps de lecture : 1 min
Traitements anti-Alzheimer
Retour à la recherche

À l’heure actuelle, on ne dispose d’aucun traitement curatif de la maladie d’Alzheimer. Les traitements disponibles en France (et non remboursés) sont dits symptomatiques, c’est-à-dire qu’ils agissent sur les conséquences de la maladie, et non sur sa cause. En 2018, le ministère de la Santé a décidé, sur les recommandations de la HAS et faute de données sur leurs bénéfices et leur sécurité d'emploi à long terme, de dérembourser ces médicaments anti-Alzheimer.

Les équipes du Centre Mémoire de Ressources et de Recherche de Lille, du Centre de Recherche Lille Neuroscience & Cognition et du service d’Épidémiologie Santé Publique, Économie de Santé et Prévention du CHU de Lille ont saisi ce moment crucial pour comparer l’évolution du déclin cognitif à l’échelle du pays, chez des patients ayant arrêté ou poursuivi leur traitement. Avec les équipes de l'Institut du Cerveau, à Paris, ils ont pu démontrer que les traitements inhibiteurs de l’acétylcholinestérase étaient associés à un bénéfice clinique modéré mais durable, sans surcroît de mortalité. Ces résultats ont été publiés dans la revue The Lancet Regional Health Europe. 

Un bénéfice cognitif modéré, mais maintenu à long terme

Lors de la réévaluation des médicaments indiqués dans le traitement symptomatique de la maladie d’Alzheimer de 2011, les experts de la commission de transparence de la Haute Autorité de Santé s’inquiétaient de l'absence relative de données sur l'efficacité à long terme et la dangerosité potentielle des inhibiteurs de l'acétylcholinestérase chez les patients de vie réelle, plus âgés et présentant davantage de comorbidités que les patients des essais thérapeutiques. L’absence de réponse convaincante à ces questions a suscité un rapport défavorable de la commission de transparence en 2016, annonçant le déremboursement d’août 2018, 20 ans après la mise sur le marché du donépézil, chef de file de cette classe de médicaments.

Simon Lecerf du CHU de Lille et Octave Guinebretiere de l'Institut du Cerveau, encadrés par Thomas Nedelec, Stanley Durrleman de l’équipe Aramis à l’Institut du Cerveau et le Pr Thibaud Lebouvier du CHU de Lille, ont étudié l’évolution cognitive de 5700 patients atteints de la maladie d’Alzheimer ayant arrêté ou poursuivi le traitement en 2018. Sur la base du MMSE (Mini Mental State), un score d’évaluation cognitive globale sur 30 points couramment utilisé pour suivre l’évolution de la maladie d’Alzheimer, l’étude démontre un bénéfice cognitif modéré, mais maintenu à long terme (4 ans), chez les « poursuiveurs » (continuers) du traitement, sans différence de mortalité par rapport aux « arrêteurs » (discontinuers).

L’évolution cognitive montre l’effet typique des inhibiteurs de l’acétylcholinestérase sur les symptômes.

Simon Lecerf CHU de Lille

En termes de performances cognitives, l’écart entre poursuiveurs et arrêteurs se creuse très rapidement, puis les courbes restent globalement parallèles.

Octave Guinebretiere Institut du Cerveau
MMSE moyen entre les arrêteurs et les poursuiveurs
Plus précisément, le MMSE moyen entre les arrêteurs et les poursuiveurs est de 0,97 points (IC95 0,68-1,27, p < 0,001) à 1 an et de 1,81 points (0,91-2,71, p < 0,001) à 4 ans, ce qui correspond à un temps gagné sur la maladie de 6,5 mois [5,4, 7,5] à 1 an

Le premier essai émulé appliqué à la maladie d’Alzheimer

L’une des originalités de ce travail tient à sa méthode, avec la mise en place d’un essai émulé. Cette nouvelle technique permet une évaluation comparative de l’efficacité d’un traitement dans certaines situations où, par exemple, un essai clinique n’est pas faisable. Pour cette étude, les chercheurs ont donc utilisé des données de « vie réelle » issues de la Banque Nationale Alzheimer, une base de données nationale unique au monde, renseignée par plus de 600 consultations mémoire, soutenue par la Direction générale de l'offre de soins et la Fédération des Centres Mémoire, et du registre de spécialité régional du réseau de consultations mémoire Méotis, soutenu par l'ARS Hauts-de-France.

« L'idée ici est d’exploiter la variabilité naturelle des données observationnelles pour reproduire les conditions d’un essai clinique randomisé, sans en subir les contraintes logistiques », explique Thomas Nedelec, chercheur à l’Institut du Cerveau.

En tant qu’étude observationnelle, et malgré un ajustement minutieux par pondération inverse de la probabilité et de multiples analyses de sensibilité, un biais résiduel ne peut être exclu. L’étude confirme néanmoins les résultats de l’essai DOMINO, une étude randomisée menée au Royaume-Uni visant à déterminer si les médicaments anti-Alzheimer avaient encore une place aux stades avancés de la maladie. Publiée dans le New England Journal of Medicine en 2012, l’étude menée en double aveugle contre placebo comparait l’effet de l’arrêt et du maintien des traitements sur les fonctions cognitives et l’autonomie. Ses résultats positifs n’avaient pas influencé la décision de déremboursement car la pertinence clinique des résultats dans les formes très avancées de la maladie était jugée douteuse, et les patients inclus non représentatifs des conditions de vie réelle.

« Grâce à cet essai émulé, notre analyse couvre une population bien plus large que DOMINO, plus représentative de la pratique clinique quotidienne, incluant des patients à un stade précoce de la maladie et suivis à plus long terme. Ils contribuent à répondre aux questions posées par la commission de transparence, en montrant le maintien de l’efficacité à long terme et une apparente sécurité d’emploi des inhibiteurs de l’acétylcholinestérase utilisés en conditions réelles », déclare le Pr Thibaud Lebouvier, neurologue et chercheur au CHU de Lille.

Sources

Lecerf, S., et al. Long-term effect of discontinuing anticholinesterase treatment on cognitive decline and mortality in Alzheimer's disease in France: a quasi-experiment and target trial emulation study. The Lancet Regional Health, Février 2026. DOI: 10.1016/j.lanepe.2026.101607.

Illustration

Neurones de l’hippocampe. Crédit : Tristan Geiller, Losonczy Lab.

Traitements anti-Alzheimer : un effet bénéfique à long terme sur les symptômes
pictogramme livre Traitements anti-Alzheimer : un effet bénéfique à long terme sur les symptômes

Retrouvez le communiqué de presse de cette actualité

Imagerie cérébrale Lubetzki Stankoff

La maladie d'Alzheimer

Face à l’allongement de la durée de vie et à la complexité des mécanismes biologiques à l’origine des maladies neurodégénératives, on estime que 1,2 millions de personnes sont touchées par la maladie d’Alzheimer en 2023 en France. Avec 225 000...

Lire la suite
Le fonctionnement du cerveau : deux scientifiques regardent des images de cerveau
Equipe
Aramis : Apprentissage automatique et science des données pour les maladies du cerveau

L’équipe ARAMIS, dirigée par Ninon BURGOS & Olivier COLLIOT a pour objectif de construire des modèles numériques des maladies du cerveau, en particulier des pathologies neurodégénératives, à partir de bases de données multimodales issues de patients...

En savoir plus

D'autres actualités qui pourraient vous intéresser

État de mal épileptique
État de mal épileptique : de nouvelles connaissances acquises grâce aux données de santé nationales
Forme la plus grave de l’épilepsie, l’état de mal épileptique constitue une urgence neurologique à très haut risque. Pourtant, son épidémiologie reste mal connue, notamment en France. En exploitant les données de l’Assurance Maladie, réunies dans le...
16.02.2026 Recherche, Science & Santé
Sclérose en plaques : identification d’une nouvelle molécule favorisant la remyélinisation
Sclérose en plaques : identification d’une nouvelle molécule favorisant la remyélinisation
Une molécule dont les effets étaient, jusqu’ici, étudiés dans le cadre des troubles du sommeil et du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, révèle pour la première fois son potentiel dans des modèles expérimentaux de sclérose en plaques...
22.01.2026 Recherche, Science & Santé
VignetteActu WBHF 2026
World Brain Health Forum 2026
Plus d’une personne sur trois sera confrontée, au cours de sa vie, à une maladie du cerveau. Cette réalité, identifiée par l’Organisation mondiale de la santé comme une priorité majeure de santé publique, invite à une mobilisation internationale sans...
12.01.2026 Événements
Une nouvelle approche pour évaluer les patients en état de conscience altérée
Une nouvelle approche pour évaluer les patients en état de conscience altérée
Dans les unités de soins intensifs, certains patients apparemment inconscients se trouvent dans une zone grise dans leur rapport au monde. Pour mieux les diagnostiquer et prédire leurs capacités de récupération, Dragana Manasova, Jacobo Sitt et leurs...
08.01.2026 Recherche, Science & Santé
Ne plus penser à rien : vers une signature cérébrale du blanc mental
Ne plus penser à rien : vers une signature cérébrale du blanc mental
Et si le flux de nos pensées s’interrompait parfois ? Esteban Munoz-Musat, Lionel Naccache, Thomas Andrillon et leurs collègues à l’Institut du Cerveau et à l’Université Monash, à Melbourne, montrent que la sensation de ne penser à rien est bel et...
26.12.2025 Recherche, Science & Santé
Deux nouvelles certifications pour les plateformes de l’Institut du Cerveau
Deux nouvelles certifications pour les plateformes de l’Institut du Cerveau
Les plateformes de l’Institut du Cerveau viennent de recevoir deux nouvelles certifications : la certification ISO 9001 pour la plateforme ICM Quant et la certification ISO 20387 pour la Banque ADN & Cellules.
14.11.2025 Institutionnel
Voir toutes nos actualités