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Recherche, Science & Santé

Amorçage sémantique : activer notre catégorisation du monde

Publié le : 22/12/2021 Temps de lecture : 1 min
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Quel est le lien entre du café et du vin ? Une réponse possible est que toutes deux sont des boissons. Le processus que vous venez de faire dans votre cerveau, la catégorisation sémantique, est essentiel à notre interaction avec le monde qui nous entoure. Une étude récente du Frontlab à l’Institut du Cerveau explore les bases cérébrales de cette capacité.

Tous les jours, à tout instant nous organisons le monde qui nous entoure en catégories, que ce soient des objets, des idées ou des événements. Cette fonction cognitive est essentielle à notre capacité à raisonner et à donner du sens à toutes les expériences que nous vivons. Dans le cas de lésions du lobe frontal, de maladies neurodégénératives comme la dégénérescence fronto-temporale ou neuropsychiatriques, cette fonction peut être altérée. Cependant, les bases cérébrales de ces processus de catégorisation et comment celles-ci peuvent être perturbées dans le cas de la pathologie restent à définir plus précisément.

 

Différentes tâches d’évaluation de capacité de catégorisation existent déjà. Une des plus courantes est un test de similarité, par exemple quel est le point commun entre du café et de la bière ? ou entre une orange et une banane ? Il s’agit alors de mesurer la capacité d’un individu à identifier une catégorie regroupant les deux objets : les boissons dans le cas du café et du vin, et les fruits dans le cas de l’orange et de la banane.

 

Ce type de tâche nécessite un certain degré de contrôle cognitif, mais il existe une forme plus automatique de catégorisation, impliquant la mémoire sémantique – la mémoire du langage et de nos connaissances générales du monde- qui pourrait être activée par des tâches dites d’amorçage sémantique, faisant appel à des fonctions plus automatiques.

L’amorçage sémantique consiste à pré-activer un concept en présentant des mots spécifiques. Par exemple, si on présente le mot « banane » puis le mot « orange », ce dernier sera traité plus rapidement pour être rangé dans la catégorie des fruits.

 

L’objectif de la présente étude était de tester si un double amorçage sémantique avait un impact sur la rapidité des sujets à répondre à une tâche de similitude. Ce nouveau paradigme expérimental permettrait, dans le cas des patients, de mieux préciser leur difficulté et l’origine de celle-ci.

 

amorage sémantique
Amorage sémantique

Figure : Organisation de la tâche avec un double amorçage sémantique. Ici, deux mots sont présentés successivement aux participants, « rouge » et « vert ». Ils doivent ensuite déterminer si le mot qu’on leur présente est un mot existant en francais, « couleur », ou un mot n’existant pas, « rainon ».

Les chercheurs du Frontlab à l’Institut du Cerveau montrent que lorsque les deux mots sont reliés à la catégorie cible, les sujets répondaient plus rapidement à la tâche qu’avec un amorçage avec un seul mot.

 

Ils ont par ailleurs combiné cette expérience comportementale avec des mesures électroencéphalographiques (EEG), pour valider si cet amorçage se retrouvait au niveau de l’activité cérébrale. Ils ont regardé une onde cérébrale en particulier, la N400, qui reflète l’incongruence, comme une sorte de surprise face à une incohérence dans le traitement d’un concept. Cette onde s’avère beaucoup plus importante lorsque les mots d’amorçage ne sont pas reliés à la cible et inversement faible quand le double amorçage est présent au niveau comportemental.

 

Ces résultats donnent des informations supplémentaires sur les processus par lesquels des catégories abstraites peuvent être activées, ce qui en conséquence influent sur notre interaction avec le monde qui nous entoure. Ils soulignent l’importance de la dimension automatique de ces processus, qui serait préservés chez les patients ayant des lésions frontales. Ce nouveau paradigme expérimental pourrait être utile pour évaluer les difficultés de catégorisation des patients atteints de maladies neurologiques, à deux niveaux, automatique et conscient.

Sources

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34232829/
Ovando-Tellez M, Rohaut B, George N, Bieth T, Hugueville L, Ibrahim Y, Courbet O, Naccache L, Levy R, Garcin B, Volle E.Cogn Neurosci. 2021 Jul 7.

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