Caractérise l'association entre la forme visuelle et la prononciation du nom que l'on pourrait lui donner.
Il s'agit d'un curieux phénomène visuel et auditif.
Regardez bien les deux images ci-dessous. Si vous deviez leur attribuer un nom, laquelle nommeriez-vous « KIKI » et laquelle « BOUBA » ?

Le phénomène Bouba-kiki est un phénomène simple d’association entre certaines formes et des sons de la parole. Il s'agit en quelque sorte d'une des exceptions à l’idée générale selon laquelle les mots n’ont pas de liens avec leur sens.
Le mot « table » n’a ainsi rien à voir avec l’objet lui-même. Parmi les exceptions à ce principe, on retrouve par exemple les onomatopées, « miaou » ayant effectivement un lien direct avec le miaulement du chat. Dans le test ci-dessus, il y a de fortes chances pour que vous ayez attribué le nom « KIKI » à la forme pointue et « BOUBA » à la forme ronde. Cet effet « bouba-kiki », décrit depuis le début du XXe siècle, fait partie de ces exceptions.
Aussi incongru qu’il paraisse au premier abord, le phénomène bouba-kiki est directement impliqué par exemple dans l’invention des noms de marques. Trouver un nom « vendeur » pour une voiture ou un médicament exige de réfléchir aux sons, aux images, aux émotions, aux souvenirs, que ce nom évoquera dans l’esprit des acheteurs potentiels.
Réflexion consciente ou lien automatique ?
Cette association entre formes et sons est-elle le résultat d’une réflexion consciente, en réponse à une question particulière posée par l’expérimentateur, ou bien reflète-t-elle un lien cérébral étroit et automatique entre la vision et l’audition ?
Pour répondre à cette question, les chercheurs et chercheuses de l'Institut du Cerveau ont présenté aux participants et participantes un son ("kiki", "bouba", "keti", "lujo", etc.) et une forme, pointue ou ronde, en leur demandant de prendre deux décisions :
- la forme est-elle pointue ou ronde ?
- le son contient-il un o ou un i ?
La réponse à ces questions devait s'effectuer en appuyant sur des boutons.
Lors de certaines phases de l’expérience, la même main était utilisée pour répondre à des sons et des formes « correspondants », par exemple les formes rondes et le son o, alors qu’à d’autres moments, la même main était utilisée pour des sons et des formes « conflictuels », par exemple les formes pointues et le son o.
Formes et sons correspondants | Formes et sons conflictuels |
Forme ronde / son "o" | Forme ronde / son "i" |
Forme pointu / son "i" | Forme pointu / son "o" |
Lors de l'expérience, les participantes et participants ont pris plus de temps pour répondre et ont fait plus d’erreurs lorsqu’une même main devait répondre à des formes et des sons qui « n’allaient pas ensemble » (conflictuels), validant l'hypothèse qu’il est plus difficile de répondre en allant contre les associations automatiques.
Les mécanismes de l'effet bouba-kiki
Les scientifiques ont ensuite exploré les mécanismes de l’effet bouba-kiki au moyen de l’IRM fonctionnelle, en étudiant les activations cérébrales lors de la présentation d’une forme, d’un son, ou de l’association d’une forme et d’un son, correspondant ou ne correspondant pas.
Ils ont ainsi observé des effets de la congruence entre sons et formes à différents endroits du cerveau : dans des régions préfrontales plutôt associées aux décisions volontaires et réfléchies, mais également dans le cortex auditif et le cortex visuel.
Les activations dans les régions qui assurent la perception auditive et visuelle suggèrent que de façon automatique, nous ne voyons pas une forme et nous n’entendons pas un son de la même manière, selon qu’ils ont ou non une sorte de correspondance qui franchit les frontières des sens.
Sources :
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30503933/
Peiffer-Smadja N, Cohen L. Neuroimage. 2018 Nov 29
- Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) :
- Technique d’imagerie permettant d’obtenir des vues en 2 ou 3 dimensions des organes ou des membres.