Aller au contenu principal

Soit 34,00 après déduction fiscale de 66%

Je fais un don mensuel Je fais un don IFI
Recherche, Science & Santé

Une drogue pour booster la mémoire ?

Publié le : 12/10/2016 Temps de lecture : 1 min
cerveau
Retour à la recherche

La méthamphétamine est une drogue psychostimulante hautement addictive, dont les effets varient selon la dose et la fréquence d’utilisation. Elle est notamment utilisée aux Etats-Unis pour traiter les troubles de l’attention et l’hyperactivité. Sofia Baptista, doctorante au sein de l’équipe d’Alberto Bacci, et ses collègues, se sont intéressés aux effets de la méthamphétamine. Leurs résultats montrent notamment que le traitement pourrait avoir un effet positif sur la mémoire. Ces résultats ont été publiés en juin 2016 dans la revue eNeuro.

La méthamphétamine est une drogue d’abus dont la consommation a augmenté dans le monde entier. Elle agit comme un psychostimulant, affectant les fonctions de l’hippocampe, région du cerveau impliquée dans la mémoire, l’apprentissage, la navigation spatiale et la prise de décision. L’abus ou une mauvaise utilisation de méthamphétamine (METH) peut provoquer des déficits de la mémoire et une diminution du volume de l’hippocampe. Toutefois, la méthamphétamine aura des effets cognitifs différents en fonction de la dose et de la durée d’administration, allant de la stimulation aux troubles de la mémoire. Aux États-Unis, la METH est approuvée pour traiter les troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité. Les personnes atteintes de ces troubles ont des difficultés à se concentrer, à être attentives, des troubles de conduite et agissent de façon impulsive.

Les chercheurs se sont ici intéressés à l’impact sur la production de nouveaux neurones et sur leur plasticité (modification de la connectivité entre les neurones), d’une prise à moyen terme (1 semaine) de faible dose de METH, reproduisant ainsi le traitement prescrit aux Etats-Unis en cas de troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité.

La formation de nouveaux neurones chez l’adulte ou neurogenèse au niveau d’une zone spécifique du gyrus denté (faisant partie de la région hippocampique) contribue à la formation et à la consolidation de nouveaux souvenirs. Des études antérieures montrent que la neurogenèse peut être affectée par la METH, selon la dose et la fréquence d’administration. Une consommation par intermittence, reproduisant l’usage « récréatif» de la METH entraîne une augmentation de la prolifération des certaines cellules du gyrus denté, alors qu’un usage quotidien, à court ou long terme, de cette drogue conduit à une diminution du nombre de ces mêmes cellules. Des études in vitro ont également montrées l’impact négatif de la METH sur les cellules souches du gyrus denté (nécessaires à la production de nouveaux neurones).

Les résultats de l’équipe d’Alberto Bacci montrent une accélération de la maturation des neurones immatures (tout de suite après la neurogenèse) accompagnée par un renforcement de la potentialisation synaptique (une forme de plasticité synaptique qui pourrait être impliquée notamment dans la mémoire et l’apprentissage) des cellules granulaires du gyrus denté à des stades plus avancés de leur maturation.

Ceux-ci suggèrent donc que l’administration à moyen terme de faible dose de METH renforce la plasticité synaptique à un stade spécifique de maturation des cellules granulaires du gyrus denté et pourrait donc affecter positivement les performances de la mémoire.

Fort de ces résultats, il est désormais très important de comprendre comment l’usage prolongé de METH entraîne le passage des effets « positifs » sur la neurogenèse et la plasticité synaptique aux effets délétères sur les capacités cognitives des sujets addicts aux méthamphétamines.

Sources

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27419216/
Sofia Baptista, Joana Lourenço, Nuno Milhazes, Fernanda Borges, Ana Paula Silva, et Alberto Bacci. eNeuro, 11 Juillet 2016

D'autres actualités qui pourraient vous intéresser

TDAH : les troubles de l’attention sont associées à l’intrusion d’ondes du sommeil pendant l’éveil
TDAH : les troubles de l’attention sont associés à l’intrusion d’ondes du sommeil pendant l’éveil
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) reste mal compris sur le plan biologique. Une étude internationale menée par des scientifiques de l’Institut du Cerveau et de l’Université Monash, en Australie, suggère que...
17.03.2026 Recherche, Science & Santé
L’IRM structurelle ne permet pas, à elle seule, de diagnostiquer la dépression
L’IRM structurelle ne permet pas, à elle seule, de diagnostiquer la dépression
L’imagerie cérébrale peut-elle révéler si une personne est touchée par la dépression ? Cette question anime la recherche depuis de nombreuses années. Des modifications de la structure cérébrale ont bien été observées chez les patients dépressifs, ce...
12.03.2026 Recherche, Science & Santé
Épilepsie temporale : une nouvelle stratégie pour corriger l’activité électrique anormale
Épilepsie temporale : une nouvelle stratégie pour corriger l’activité électrique anormale
De nombreux patients souffrent d'une épilepsie que les médicaments actuels ne parviennent pas à contrôler. L’ablation chirurgicale des zones épileptogènes n’est efficace que dans la moitié des cas, et tous n’y sont pas éligibles. Pour ces patients...
05.03.2026 Recherche, Science & Santé
Stimuler les mitochondries pour doper la mémoire à long terme
Stimuler les mitochondries pour doper la mémoire à long terme
Une équipe internationale, coordonnée par Jaime de Juan-Sanz à l’Institut du Cerveau, montre qu’en augmentant légèrement la capacité métabolique des neurones, il est possible d’améliorer la mémoire à long terme chez la drosophile et la souris. L...
24.02.2026 Recherche, Science & Santé
Traitements anti-Alzheimer
Traitements anti-Alzheimer : un effet bénéfique à long terme sur les symptômes
À l’heure actuelle, on ne dispose d’aucun traitement curatif de la maladie d’Alzheimer. Les traitements disponibles en France (et non remboursés) sont dits symptomatiques, c’est-à-dire qu’ils agissent sur les conséquences de la maladie, et non sur sa...
18.02.2026 Recherche, Science & Santé
État de mal épileptique
État de mal épileptique : de nouvelles connaissances acquises grâce aux données de santé nationales
Forme la plus grave de l’épilepsie, l’état de mal épileptique constitue une urgence neurologique à très haut risque. Pourtant, son épidémiologie reste mal connue, notamment en France. En exploitant les données de l’Assurance Maladie, réunies dans le...
16.02.2026 Recherche, Science & Santé
Voir toutes nos actualités