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Recherche, Science & Santé

Une drogue pour booster la mémoire ?

Publié le : 12/10/2016 Temps de lecture : 1 min
cerveau
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La méthamphétamine est une drogue psychostimulante hautement addictive, dont les effets varient selon la dose et la fréquence d’utilisation. Elle est notamment utilisée aux Etats-Unis pour traiter les troubles de l’attention et l’hyperactivité. Sofia Baptista, doctorante au sein de l’équipe d’Alberto Bacci, et ses collègues, se sont intéressés aux effets de la méthamphétamine. Leurs résultats montrent notamment que le traitement pourrait avoir un effet positif sur la mémoire. Ces résultats ont été publiés en juin 2016 dans la revue eNeuro.

La méthamphétamine est une drogue d’abus dont la consommation a augmenté dans le monde entier. Elle agit comme un psychostimulant, affectant les fonctions de l’hippocampe, région du cerveau impliquée dans la mémoire, l’apprentissage, la navigation spatiale et la prise de décision. L’abus ou une mauvaise utilisation de méthamphétamine (METH) peut provoquer des déficits de la mémoire et une diminution du volume de l’hippocampe. Toutefois, la méthamphétamine aura des effets cognitifs différents en fonction de la dose et de la durée d’administration, allant de la stimulation aux troubles de la mémoire. Aux États-Unis, la METH est approuvée pour traiter les troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité. Les personnes atteintes de ces troubles ont des difficultés à se concentrer, à être attentives, des troubles de conduite et agissent de façon impulsive.

Les chercheurs se sont ici intéressés à l’impact sur la production de nouveaux neurones et sur leur plasticité (modification de la connectivité entre les neurones), d’une prise à moyen terme (1 semaine) de faible dose de METH, reproduisant ainsi le traitement prescrit aux Etats-Unis en cas de troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité.

La formation de nouveaux neurones chez l’adulte ou neurogenèse au niveau d’une zone spécifique du gyrus denté (faisant partie de la région hippocampique) contribue à la formation et à la consolidation de nouveaux souvenirs. Des études antérieures montrent que la neurogenèse peut être affectée par la METH, selon la dose et la fréquence d’administration. Une consommation par intermittence, reproduisant l’usage « récréatif» de la METH entraîne une augmentation de la prolifération des certaines cellules du gyrus denté, alors qu’un usage quotidien, à court ou long terme, de cette drogue conduit à une diminution du nombre de ces mêmes cellules. Des études in vitro ont également montrées l’impact négatif de la METH sur les cellules souches du gyrus denté (nécessaires à la production de nouveaux neurones).

Les résultats de l’équipe d’Alberto Bacci montrent une accélération de la maturation des neurones immatures (tout de suite après la neurogenèse) accompagnée par un renforcement de la potentialisation synaptique (une forme de plasticité synaptique qui pourrait être impliquée notamment dans la mémoire et l’apprentissage) des cellules granulaires du gyrus denté à des stades plus avancés de leur maturation.

Ceux-ci suggèrent donc que l’administration à moyen terme de faible dose de METH renforce la plasticité synaptique à un stade spécifique de maturation des cellules granulaires du gyrus denté et pourrait donc affecter positivement les performances de la mémoire.

Fort de ces résultats, il est désormais très important de comprendre comment l’usage prolongé de METH entraîne le passage des effets « positifs » sur la neurogenèse et la plasticité synaptique aux effets délétères sur les capacités cognitives des sujets addicts aux méthamphétamines.

Sources

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27419216/
Sofia Baptista, Joana Lourenço, Nuno Milhazes, Fernanda Borges, Ana Paula Silva, et Alberto Bacci. eNeuro, 11 Juillet 2016

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