L’Institut du Cerveau vient d'obtenir 15 financements dans le cadre de l’Appel à projets générique (AAPG) 2026 de l’Agence nationale de la recherche (ANR), pour un montant total de 5,5 millions d’euros.
Parmi les projets retenus figurent 11 Projets de recherche collaborative (PRC) (dont 6 coordonnés par des équipes de l’Institut), 1 Projet de recherche collaborative internationale (PRCI), mené avec un partenaire brésilien, et 3 projets Jeunes chercheuses et jeunes chercheurs (JCJC). Ces derniers représentent un taux de sélection de 75 % des projets déposés par les jeunes scientifiques de l’Institut (3 projets retenus sur 4). Ces 3 projets illustrent la diversité des recherches conduites à l’Institut. DELTA-MOD (Dhanasak Dhanasobhon), SLOWSLEEP (Pauline Dodet) et WiringHD (Mariacristina Capizzi) couvrent des thématiques allant des mécanismes fondamentaux de la plasticité cérébrale aux troubles du sommeil et aux maladies neurodégénératives.
Les 12 projets collaboratifs PRC et PRCI regroupent aussi un large spectre de questions scientifique ; depuis les mécanismes cellulaires et moléculaires du système nerveux jusqu’aux maladies neurologiques et au développement de nouvelles approches thérapeutiques.
Découvrez les 15 projets ci-dessous
Dhanasak DHANASOBHON, Postdoctorant
DELTA-MOD (JCJC-Coordinateur)
Les récepteurs Delta au Glutamate modulateurs de la plasticité cérébrale
Les récepteurs N-méthyl-D-aspartate (NMDAR) activés par le glutamate et un co-agoniste, comme la D-sérine ou la glycine jouent un rôle essentiel dans la plasticité synaptique, l’apprentissage et la mémoire. Des traitements ciblant les sites de fixation de ces co-agonistes pour augmenter l’expression du glutamate se sont révélés inefficaces dans les maladies neurologiques et psychiatriques.
Nos données préliminaires ont montré que les récepteurs Delta au Glutamate (GluD) sont également des modulateurs clés de la fonction des NMDAR par le biais d’une signalisation dépendante de la D-sérine et d’interactions avec les récepteurs glycinergiques excitateurs (eGlyRs).
Le projet DELTA-MOD vise à mieux comprendre ces mécanismes régulant les NMDAR synaptiques dans le cerveau adulte et d’identifier de nouveaux processus sous-jacents à la plasticité corticale qui constitueraient de nouvelles pistes thérapeutiques.
Dr Pauline DODET, Chercheuse et neurologue (APHP)
SLOWSLEEP (JCJC-Coordinateur)
Le sommeil, une fenêtre sur les processus neurodégénératifs précoces
Pour améliorer la prise en charge des maladies neurodégénératives, il est nécessaire de mieux comprendre leur physiopathologie tout au long de l’évolution de la maladie. Un lien mécanistique entre les troubles du sommeil paradoxal et la neurodégénérescence a été suggéré, l’étude des perturbations du cycle veille-sommeil pourrait donc constituer une approche précieuse pour évaluer l’intégrité des réseaux neuronaux impliqués dans les fonctions liées au sommeil.
L’objectif général du projet SLOWSLEEP est d’étudier l’intégrité de l’homéostasie veille-sommeil, en se concentrant sur l’évaluation du sommeil nocturne et en évaluant ses bienfaits diurnes sur les fonctions cognitives et les marqueurs électrophysiologiques. Ces connaissances sur les stades présymptomatiques des maladies neurodégénératives pourraient contribuer à l’élaboration de stratégies diagnostiques et thérapeutiques plus personnalisées.
Mariacristina CAPIZZI, Postdoctorante
WiringHD (JCJC- Coordinateur)
Orientation et connexion des axones dans la maladie de Huntington
La maladie de Huntington (MH) est une maladie génétique autosomique dominante, causée par mutation du gène HTT. Bien que la protéine HTT mutante soit exprimée dès la conception, la maladie ne se manifeste généralement qu’à l’âge adulte et entraîne des symptômes psychiatriques, cognitifs et moteurs.
L’objectifs du projet WiringHD est d’étudier les rôles de la protéine HTT de type sauvage et mutante dans l’orientation axonale et son impact sur le développement des réseaux neuronaux. Il permettra de déterminer si le rétablissement d’une connectivité corticale normale, par la modulation des voies de guidage et/ou l’expression de la protéine HTT de type sauvage au cours de la phase présymptomatique de la maladie, pourrait prévenir ou retarder la dégénérescence neuronale dans la MH. Les résultats pourraient ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques.
Anne DESMAZIÈRES, Chercheuse INSERM
BATTLE-M (PRC- Coordinateur)
La bataille pour le contrôle des microglies : neurones contre lymphocytes dans la remyélinisation
L'échec de la remyélinisation est un facteur clé de la progression de la sclérose en plaques (SEP), une maladie complexe du système nerveux central, à la fois inflammatoire, démyélinisante et neurodégénérative. Des études récentes mettent en évidence le rôle central de l'état d'activation des microglies dans ce processus.
L’objectif du projet BATTLE-M est d’étudier comment les interactions entre le système immunitaire, les microglies et les neurones influencent la fonction microgliale dans le processus de remyélinisation. Il permettra d’identifier des biomarqueurs permettant de stratifier les patients, d’identifier des cibles thérapeutiques à l’interface neurone-microglie-lymphocyte, et d’explorer la modulation de l’activité neuronale comme nouvelle stratégie visant à favoriser la réparation et la neuroprotection dans la sclérose en plaques.
Jacobo SITT, Chercheur INSERM, co-responsable d’équipe
BrainDyn (PRC- Coordinateur)
La stimulation cérébrale, une fenêtre sur les états de conscience
Le projet BrainDyn vise à élucider comment la dynamique intrinsèque du cerveau façonne à la fois les réponses neuronales objectives et les expériences subjectives provoquées par la stimulation intracrânienne. L’hypothèse centrale du projet est que la perception consciente et les effets provoqués par la stimulation dépendent de la configuration instantanée des schémas d’activité récurrents (RBAP) du cerveau précédant la stimulation, plutôt que d’états comportementaux généraux tels que l’éveil ou le sommeil.
BrainDyn apportera des éclairages mécanistiques sur la manière dont l’activité cérébrale récurrente sous-tend la conscience et sur la façon dont des états spécifiques régulent la perception et la prise de conscience et ouvrira la voie vers de nouvelles prises en charge de patients atteints de troubles de la conscience.
Pierre POUGET, Chercheur CNRS, co-responsable d’équipe
BRIDGE (PRC- Coordinateur)
Dispositif intégré hybride cerveau-machine pour décoder l’activité cérébrale
Le projet BRIDGE vise à développer une interface cerveau-machine (ICM) hybride de nouvelle génération alliant hautes performances et invasivité minimale. En intégrant l’imagerie fonctionnelle par ultrasons haute résolution (fUSI) aux signaux électrophysiologiques et comportementaux, le projet cherche à optimiser le décodage de l’activité neuronale et à améliorer la fiabilité de la communication cerveau-machine.
La fUSI représente un compromis prometteur, permettant une cartographie détaillée de l’activité cérébrale corticale et sous-corticale grâce au couplage neurovasculaire sans pénétrer dans le tissu cérébral.
À terme, le projet BRIDGE vise à mettre en place une plateforme transposable en milieu clinique pour des interfaces neuronales peu invasives et hautement performantes, ainsi que pour de futures applications en réadaptation neurologique.
Lorenzo POSANI, Chercheur CNRS
CONCERTO (PRC-Partenaire, coordinateur ESPCI Paris)
La mémoire au fil du temps, consolidation, rappels et déficits
Le projet CONCERTO vise à élucider comment les représentations neuronales de la mémoire évoluent au fil du temps. Les expériences sont d’abord encodées sous forme de traces détaillées dans l’hippocampe, puis progressivement consolidées en représentations plus abstraites et plus stables au sein des réseaux corticaux.
L’activité de milliers de neurones dans des régions cérébrales clés chez la souris, notamment l’hippocampe, l’amygdale, le thalamus et le cortex préfrontal, pendant l’apprentissage et le rappel de souvenirs émotionnels sera analysée.
En associant les neurosciences expérimentales et computationnelles, ce projet permettra d’identifier les mécanismes par lesquels le cerveau stabilise et généralise les représentations mémorielles au fil du temps mais aussi de mieux comprendre la perte de ces représentations.
Stéphane CHARPIER, Chercheur Sorbonne Université et Dr Antoni VALERO-CABRE, Neurologue APHP et chercheur CNRS
EpiMag (PRC-coordinateur)
La stimulation magnétique transcrânienne à faible intensité : une nouvelle piste thérapeutique de l’épilepsie focale
La stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) est une technologie non invasive permettant de traiter les affections neurologiques réfractaires aux traitements pharmacologiques classiques. Le projet EpiMag vise à développer une nouvelle approche de stimulation cérébrale pour traiter les épilepsies focales pharmacorésistantes tout en élucidant les mécanismes antiépileptiques sous-jacents.
Le protocole de rTMS développé dans ce projet sera le premier à être spécifiquement conçu pour moduler à la fois l’hyperexcitabilité des neurones du foyer épileptique et les altérations des activités paroxystiques focales. Enfin, nos résultats ouvriront la voie à des traitements personnalisés pour d’autres maladies neurologiques et au développement d’une nouvelle génération d’appareils LI-rTMS portables à sources multiples, destinés à être utilisés en dehors du milieu hospitalier.
Carlos PARRAS, Chercheur INSERM
LeucoMethylAging (PRC-Coordinator)
L’acide folinique (leucovorine) : une piste thérapeutique pour la réparation cérébrale chez les personnes âgées
Le vieillissement et les troubles neurodégénératifs liés à l’âge, tels que la sclérose en plaques (SEP) et la maladie d’Alzheimer, sont de plus en plus considérés comme des pathologies caractérisées par la perte progressive des marques de méthylation de l’ADN et des histones qui préservent l’identité cellulaire. Nos travaux précliniques ont identifié la leucovorine comme un puissant stimulateur de la différenciation des oligodendrocytes, de la remyélinisation et de la résolution de la neuroinflammation dans des modèles murins de démyélinisation et de vieillissement.
Le projet LeucoMethylAging visera à déterminer potentiel de la leucovorine pour restaurer l’intégrité épigénomique dans un modèle de vieillissement prématuré, ouvrant de nouvelles voies thérapeutiques pour préserver les fonctions cérébrales et la régénération dans les maladies neurodégénératives liées à l’âge.
Delphine BOHL, Chercheuse INSERM
NiNA (PRC-Partenaire, coordinateur INEM)
Une nouvelle méthode d’imagerie en microscopie pour l’étude des organoïdes cérébraux
L’analyse spécifique des neurones et des cellules gliales de patients, ainsi que de leurs interactions est aujourd’hui possible au sein d’organoïdes tridimensionnels (3D). Cependant, le potentiel de cette technologie est limité par plusieurs contraintes majeures en matière d’imagerie, liées aux fluorophores conventionnels. Le projet NiNA vise à surmonter ces contraintes grâce à de nouveaux agents d’imagerie luminescents dans le proche infrarouge (NIR). La fonctionnalité et le comportement dynamique en haute résolution de ces agents seront évalué dans différentes cultures de motoneurones issus de patients atteints de Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA) afin d’étudier la neuroinflammation et la neurodégénérescence. A terme cette technologie pourra être appliquée plus largement à d’autres modèles d’organoïdes dans le domaine des sciences de la santé.
Jean-Christophe PONCER, chercheur INSERM, co-responsable d’équipe
OPTIK (PRC-Partenaire, coordinateur Université d’Orléans)
Régulation de l’activité neuronale par optogénétique dans l’épilepsie
L’hyperexcitabilité neuronale est une caractéristique majeure de nombreux troubles neurologiques, notamment la douleur chronique, les migraines et les épilepsies réfractaires. Les canaux potassiques à deux domaines (K2P) agissent comme des « freins » essentiels sur l’activité neuronale, ce qui en fait des cibles thérapeutiques de premier plan. Cependant, le développement de traitements basés sur les canaux K2P est entravé par le manque d’outils permettant de contrôler leur activité de manière sélective et dans l’espace-temps.
Le projet OPTIK vise à évaluer le potentiel thérapeutique de la régulation de l’activité des canaux K2P par la lumière (optogénétique) dans des modèles précliniques de douleur chronique et d’épilepsie réfractaire.
Pr Emmanuel FLAMAND-ROZE, neurologue (APHP, Sorbonne Université), co-responsable d’équipe
PARADOX (PRC-Partenaire, coordinateur Institut de la vision)
Mécanisme de formation des circuits neuronaux latéraux
La formation des circuits neuronaux repose sur un guidage précis des axones, la navigation au niveau de la ligne médiane constituant un point de décision crucial. À cet endroit, les axones rétiniens et corticospinaux choisissent des trajectoires controlatérales ou ipsilatérales, un processus essentiel à la vision binoculaire et à la latéralisation du contrôle moteur. Les travaux antérieurs de l’équipe ont identifié le complexe fignl1/RAD51 comme un régulateur indispensable à ce mécanisme.
En combinant des approches multidisciplinaires, des modèles multisystémiques et des techniques d’imagerie de pointe, le projet PARADOX vise à déterminer le rôle de fignl1/RAD51 dans le développement sain et pathologique des circuits bilatéraux. Les résultats permettront d'identifier des cibles potentielles pour restaurer la connectivité neuronale dans les neuropathies optiques.
Séverine BOILLEE, chercheuse INSERM, responsable d’équipe
SonRegALS (PRC-Coordinator)
Les ultrasons, un « booster» de l’effet anti-inflammatoire dans la SLA
La sclérose latérale amyotrophique (SLA) est la maladie des motoneurones la plus courante chez l’adulte ; elle touche à la fois les motoneurones supérieurs (cerveau) et inférieurs (moelle épinière). Des travaux antérieurs de l’équipe ont montré l’influencent des cellules microgliales et des macrophages périphériques sur la progression de la SLA et le rôle neuroprotecteur des lymphocytes T régulateurs (Treg). Par ailleurs, des essais cliniques utilisant de l’IL-2 à faible dose pour augmenter la proportion de Treg ont mis en évidence un bénéfice chez un sous-groupe de patients suggérant que les Treg agissent principalement dans la périphérie.
Le projet SonRegALS a un double objectif, augmenter le nombre de Tregs circulants grâce à un traitement à base d’IL-2, puis ouvrir temporairement la barrière hémato-médullaire ou la barrière hémato-encéphalique à l’aide d’ultrasons focalisés afin de renforcer l’effet anti-inflammatoire des Tregs dans la moelle épinière ou le cerveau.
Joana LOURENCO, Chercheuse INSERM et Yann ZERLAUT, chercheur
VANILA (PRC-Partenaire, coordinateur Université de Bordeaux)
Un microcircuit neuronal direct pour répondre rapidement aux stimulations sensorielles inattendues
Les circuits corticaux régissent les fonctions cérébrales supérieures, notamment la mémoire, les émotions et l’adaptation comportementale. Les microcircuits corticaux sont composés de deux catégories de neurones : les neurones de projection glutamatergiques (principaux, ou PN), considérés comme les vecteurs de l’information, et les interneurones GABAergiques (IN), qui régulent l’activité des PN, coordonnant et affinant ainsi le traitement de l’information.
Deux types d’interneurones sont idéalement positionnés pour assurer la coordination des activités corticales en réponse à une stimulation sensorielle: les interneurones exprimant le peptide intestinal vasoactif (VIP-IN) et les cellules axo-axoniques (AAC).
Le projet VANILA vise à identifier et à caractériserun nouveau microcircuit passant par une excitation directe des AAC par les VIP, permettant une adaptation rapide des activités corticales à une stimulation sensorielle inattendue.
Pr Bruno STANKOFF, Neurologue (APHP Sorbonne Université) et co-responsible d’équipe
MAS-AMYEL (PRCI-Coordinateur, collaboration avec le Brésil)
La démyélinisation dans la sclérose en plaques : un facteur de risque de dépôt amyloïde
La sclérose en plaques (SEP) étant une maladie démyélinisante, le projet MAS-AMYEL visera à confirmer les résultats d’étude antérieures montrant que la démyélinisation pourrait accroître les dépôts amyloïde chez les sujets âgés atteints de SEP et, à terme, augmenter le risque de développer une maladie d’Alzheimer (MA).
Des sujets de plus de 65 ans atteints de SEP depuis plus de 10 ans seront examinés en TEP-IRM permettant la localisation et la quantification des dépôts amyloïdes et la teneur en myéline de la substance blanche grâce aux traceurs 11C-PIB et 18F-Florbetaben.
Les résultats pourraient permettre un dépistage plus précoce de la MA, déterminer si le déclin cognitif des patients SEP est lié à la maladie d’Alzheimer ou uniquement à la sclérose en plaques et enfin encourager l’utilisation de médicaments promyélinisants chez les patients atteints d’une de ces maladies.