Une molécule dont les effets étaient, jusqu’ici, étudiés dans le cadre des troubles du sommeil et du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, révèle pour la première fois son potentiel dans des modèles expérimentaux de sclérose en plaques (SEP) : elle protège les neurones et favorise la réparation de la myéline. Publiée dans Science Translational Medicine, cette nouvelle étude montre que le Bavisant cible deux des mécanismes principaux de la maladie – la dégénérescence des fibres nerveuses et l’échec du processus de remyélinisation – et pourrait constituer un futur candidat-médicament.
Sclérose en plaques : une maladie qui attaque la myéline
La sclérose en plaques est une maladie inflammatoire démyélinisante. Cela signifie qu’elle entraîne une destruction progressive de la myéline, une gaine protectrice qui entoure les fibres nerveuses dans le cerveau et la moelle épinière.
Cette gaine est produite par des cellules appelées oligodendrocytes et remplit deux fonctions essentielles. D’une part, elle permet une transmission rapide et efficace de l’influx nerveux. D’autre part, elle protège les axones - les prolongements des neurones - contre la dégénérescence.
Lorsque la myéline disparaît, des plaques de démyélinisation apparaissent dans le système nerveux central. Cette perte progressive perturbe la communication entre les neurones et peut, à terme, entraîner la destruction des fibres nerveuses elles-mêmes.
Des formes progressives marquées par la neurodégénérescence
Au cours de l’évolution de la sclérose en plaques, certains patientes et patients développent des formes dites progressives. Dans ces cas, la perte de myéline s’accompagne d’un processus de neurodégénérescence, c’est-à-dire d’une détérioration progressive et irréversible des neurones.
Cette phase est particulièrement difficile à traiter, car elle ne repose plus uniquement sur l’inflammation, mais aussi sur la perte structurelle des cellules nerveuses. C’est pourquoi la recherche actuelle s’intéresse de près aux mécanismes capables de réparer la myéline et de protéger les neurones.
Une stratégie innovante pour identifier de nouveaux traitements
L’équipe de recherche dirigée par Brahim NAIT OUMESMAR à l’Institut du Cerveau a développé une approche innovante pour accélérer la découverte de nouvelles thérapies. Plutôt que de créer de nouvelles molécules à partir de zéro, les chercheurs et chercheuses ont choisi de travailler sur des molécules déjà existantes, utilisées en clinique ou en cours d’essais pour d’autres maladies.
Ce procédé, appelé repositionnement thérapeutique, permet de gagner un temps précieux dans le développement de nouveaux traitements.
Pour identifier les molécules les plus prometteuses, les scientifiques ont mis en place une méthode de criblage à haut débit combinant plusieurs niveaux d’analyse. Dans un premier temps, des outils d’intelligence artificielle ont permis de prédire les propriétés remyélinisantes et neuroprotectrices des molécules. Ensuite, ces résultats ont été testés dans différents modèles expérimentaux, allant de cultures cellulaires humaines à des modèles précliniques de la maladie.
Le Bavisant : une molécule prometteuse
Grâce à cette approche multi-échelle, les chercheurs et chercheuses ont identifié 32 molécules d’intérêt susceptibles de favoriser la réparation de la myéline et la protection des neurones. Parmi elles, une molécule s’est particulièrement démarquée : le Bavisant.
Initialement développé pour traiter les troubles du sommeil et le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, le Bavisant agit comme un antagoniste du récepteur H3. Dans les modèles précliniques de sclérose en plaques, il a montré plusieurs effets bénéfiques.
D’une part, il stimule la remyélinisation, c’est-à-dire la reconstruction de la gaine de myéline autour des fibres nerveuses. D’autre part, il exerce un effet neuroprotecteur, en limitant les dommages subis par les neurones. Enfin, il contribue également à réduire l’inflammation, un facteur clé dans la progression de la maladie.
Vers de nouveaux essais cliniques
Les résultats obtenus par les chercheurs et chercheuses montrent que le Bavisant pourrait devenir un candidat médicament majeur pour traiter les formes progressives de la sclérose en plaques.
L’étape suivante consiste désormais à confirmer ces effets chez l’humain. Les scientifiques envisagent le lancement d’un essai clinique de phase 2, qui permettra d’évaluer l’efficacité et la sécurité de cette molécule chez des patients.
Cette perspective est particulièrement encourageante, car les options thérapeutiques restent aujourd’hui limitées pour les formes progressives de la maladie.
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