Découvrez les découvertes récentes sur le sommeil et comment des chercheurs de l'Institut du Cerveau ont remis en question le dogme de la non-réponse pendant le sommeil.
Le sommeil : une nouvelle compréhension des réponses comportementales pendant le sommeil
Le sommeil est un état fondamental pour la santé et le bien-être, mais sa compréhension reste en constante évolution. Traditionnellement, le sommeil a été défini comme une période d'absence de réponse comportementale à des stimuli extérieurs. Cependant, une étude récente menée par des chercheuses et chercheurs de l'Institut du Cerveau a remis en question ce dogme. Les résultats de cette recherche montrent que même pendant le sommeil, le cerveau humain peut répondre à l'extérieur et intégrer des informations, remettant en cause ce que nous savions jusqu'alors sur le sommeil et la conscience.
Comprendre le sommeil : un processus complexe
Le sommeil est un processus physiologique essentiel au maintien de notre santé cognitive et physique. Il se divise en plusieurs stades, dont les deux principaux sont le sommeil paradoxal (REM) et le sommeil non paradoxal. Chacun de ces stades a des caractéristiques distinctes, notamment en ce qui concerne l’activité cérébrale, les mouvements oculaires et la tonicité musculaire.
Les stades du sommeil
Le sommeil paradoxal, souvent associé aux rêves, est caractérisé par une activité cérébrale similaire à celle de l'éveil, mais avec une inhibition des muscles qui empêche les mouvements physiques. En revanche, le sommeil non paradoxal comprend plusieurs stades, dont le sommeil léger et profond, où l’activité cérébrale ralentit et où il est plus difficile de réveiller la personne.
L'absence de réponse : un dogme remis en cause
Historiquement, le sommeil a été défini par l'absence de réactivité à l'environnement extérieur. En d'autres termes, lorsqu'une personne dort, on suppose qu'elle ne réagit pas aux stimuli extérieurs. C'est sur cette base que les scientifiques ont formulé des hypothèses sur les mécanismes de la conscience pendant le sommeil. Cependant, une équipe de chercheurs et chercheuses de l'Institut du Cerveau a récemment démontré qu'il existe des moments, même pendant le sommeil, où les individus peuvent effectivement répondre à des stimuli externes.
Une étude impactante : les réponses comportementales pendant le sommeil
L’étude menée en 2021 par Stéphane Munoz Muzat, Başak Türker, et Emma Chabani a remis en question le dogme de la non-réponse pendant le sommeil. Cette étude a porté sur des rêveurs et rêveuses lucides, des individus conscients d’être en train de rêver, et a exploré la possibilité de recevoir des réponses comportementales pendant différents stades du sommeil.
Les participants : rêveurs lucides et non-lucides
Les chercheur·ses ont invité à participer des individus en bonne santé ainsi que des patientes et patients atteints de narcolepsie, une maladie caractérisée par des épisodes soudains de somnolence. Les participant·es ont été invité·es à faire une sieste dans un laboratoire spécialement conçu pour l’étude du sommeil, durant laquelle des mots ont été diffusés. Les participantes et participants devaient réagir à ces mots en souriant si le mot était fictif ou en fronçant les sourcils si le mot était réel.
Méthodologie de l’étude : observation de l’activité cérébrale
L’équipe de chercheurs et chercheurses a surveillé l’activité cérébrale des participant·es pour s’assurer qu’ils étaient bien en train de dormir et pour identifier à quel stade du sommeil elles et ils se trouvaient. À la fin de chaque sieste, les participant·es ont rapporté leur expérience, confirmant si elles et ils avaient entendu les mots et répondu à la tâche. Cette méthodologie a permis de comparer les réponses des rêveurs et rêveuses lucides et non lucides à différents stades du sommeil.
Trois résultats clés de l’étude
L’étude a permis de dégager trois résultats majeurs qui changent notre compréhension traditionnelle du sommeil.
1. La réactivité pendant le sommeil : une réponse au monde extérieur
Le premier résultat de l’étude est qu'il existe des fenêtres dans le temps au cours desquelles les participant·es, qu'elles et ils soient lucides ou non lucides, peuvent réagir à des stimuli extérieurs. Cela signifie que le sommeil, loin d’être un état totalement déconnecté du monde extérieur, présente des moments où la conscience peut intégrer des informations provenant de l'environnement.
2. Des dynamiques cérébrales prédictives
Le deuxième constat important est que ces moments de réactivité ne se produisent pas de manière aléatoire. En effet, des dynamiques cérébrales très spécifiques ont été observées, permettant de prédire quand les sujets seront capables de répondre ou non à l’environnement. Ces résultats soulignent l'existence de mécanismes cérébraux qui régulent notre capacité à interagir avec le monde extérieur même en étant endormis.
3. Les moments de réactivité : des moments conscients
Le troisième résultat majeur suggère que ces moments de réactivité pourraient en réalité être des moments de conscience, où les individus sont pleinement conscients d’intégrer des informations et d’y répondre. Cette hypothèse ouvre de nouvelles perspectives sur la nature de la conscience et de l’activité cérébrale pendant le sommeil.
Les perspectives : de nouvelles applications scientifiques et médicales
Les résultats de cette étude ont des implications profondes, tant sur le plan scientifique que médical.
Exploration scientifique du sommeil et des rêves
Les résultats ouvrent la voie à des études plus approfondies sur le sommeil et les rêves, en permettant aux chercheurs d'explorer en temps réel l'activité cérébrale des individus pendant leur sommeil. Cela pourrait améliorer notre compréhension des mécanismes sous-jacents des rêves et de la façon dont le cerveau traite les informations pendant ces périodes.
Applications médicales : traitement des pathologies du sommeil
L’un des domaines médicaux où ces découvertes pourraient être particulièrement utiles concerne les troubles du sommeil, notamment les cauchemars récurrents associés aux états de stress post-traumatique. Si la communication avec les dormeurs et dormeuses pendant leur sommeil devient possible, il pourrait être envisageable de traiter des conditions telles que les cauchemars en temps réel, en fournissant des interventions adaptées.

Le sommeil n’est pas un état qui nous isole parfaitement de notre environnement : nous sommes capables, tout en dormant, d’entendre et comprendre des mots. Ces observations remettent en question la définition même du sommeil et des critères cliniques qui permettent de distinguer entre ses différents stades.
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